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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /2009 18:00
Enfin je "ponds" cet article, que je prévoyais depuis la création de ce blog... Je signe également mon premier article depuis la rentrée ! Attention pour des oreilles "sensibles", c'est un chant qui ne plaît pas à tout le monde, et l'un des plus étonnants sur notre planète.


Sevek Aldyn-ool (chanteur touvin) dans la steppe, tenant un topshur

Le kargyraa est l'un des grands styles du chant diphonique touvin. Il se chante bouche ouverte et langue au repos, c'est-à-dire avec une seule cavité buccale. La hauteur des harmoniques se contrôle grâce à l'ouverture plus ou moins grande de la bouche.

C'est de loin le plus grave des chants du genre. Pour produire un kargyraa, le chanteur doit contracter son larynx, faisant ainsi résonner ses bandes ventriculaires (ou "fausses cordes vocales") situées au dessus des cordes vocales. Celles-ci vibrant deux fois moins vite que les cordes vocales, elles produisent un son d'une octave en dessous (cf. Fréquence et harmoniques). Si l'on écoute bien on peut d'ailleurs entendre une sorte de pulsation, produite par les bandes ventriculaires. Le "fondamental" créé par les vibrations des fausses cordes vocales varie à peu près entre 55 Hz et 65Hz (cf. Fréquence et harmonique, le lien se trouve quelques lignes plus haut).
Ce chant requiert également une forte contraction des muscles abdominaux pour obtenir une intensité suffisante.

Il existe deux types de kargyraa:
  • dag kargyraa (de montagne), souvent chanté plus grave, avec des résonances de poitrine et des effets nasaux, on le dit plus "chantant" que celui de steppe (ci-dessous), car il représente de façon sonore la montagne et ses reliefs.
  • xovu kargyraa (de steppe), souvent chanté plus aigu, il a un son plus "râpeux" que le précédent. On le dit plus "plat" que celui de montagne car il dresse une image sonore de la steppe de ces régions.
Néanmoins la différence de ces deux types se fait essentiellement sur la hauteur de chant, et a tendance à disparaître.

Le kargyraa est très riche en harmoniques, bien que parfois peu perceptibles, et certains avancent que chaque série de cordes vocales produisent des harmoniques données.

C'est un chant basé sur l'émission des voyelles, avec une bouche presque fermée en "ô" pour le plus grave, jusqu'à une bouche grande ouverte en "â" pour le plus aigü. A chaque voyelle est associée une harmonique donnée (ces dernières allant d'environ H6 à H12). cf. Fréquence et harmoniques

Voici quelques vidéos:
  • Laryngoscopie pendant un kargyraa par Steve Sklar (Amérique; on voit très bien la forte contraction des bandes ventriculaires)
  • dag kargyraa par Imree Peemot (Finlande; comme quoi les européens aussi peuvent s'initier aux techniques d'Asie Centrale)
  • xovu kargyraa par Fedor Tau (Touva; un maître)
Dans la longue liste des grands interprètes touvins, on trouve aussi  Sevek Aldyn-ool (aussi épelé Sevek Alden-ool) ou encore Albert Kuvezin (actuel Yat-Kha, ex Huun-Huur-Tu, groupe et ensemble très connus sur la scène touvine, respectivement rock/metal et traditionnel/folk).


La plupart de mes infos viennent de http://khoomei.com/, un site très complet dédié au chant diphonique touvin.
Par Hélène - Publié dans : Touva
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