performance "lamée" et orchestre
seb noï (ou
mahori), de gauche à droite
Le
lam (au centre et Sud) ou
khap (au Nord) est l'une des musiques traditionnelles les plus représentatives du
Laos et de la région d'Isan en Thaïlande. Ici je n'évoquerai que le
lam/khap lao.
Ce style tient sa particularité d'être resté quasiment hors du courant des anciennes musiques khmères d'Asie du Sud-Est, c'est-à-dire les grands orchestres de percussions mélodiques des palais
royaux (plus communément appelés
gamelan). Néanmoins les musiques royales lao s'inscrivent dans ce dernier courant.
En effet, il s'agit de chants alternés improvisés, executés lors de n'importe quel rassemblement. Il suffit d'une ambiance propice, de chanteurs et d'un joueur de
khène. Les chanteurs sont obligatoirement un homme et une femme, appelés
mo lam (maître de chant),
souvent la chanteuse est nommée
mo top (celle qui donne la réplique) , le "maître de khène" sera lui nommé
mo khène. Percussions et flûtes ou encore cordes (mais plus rarement)
peuvent être aisément ajoutées. Parfois les
lam /
khap peuvent être accompagné, mais bien plus rarement, par l'orchestre de cour
seb noï (ou
mahori), composé
de deux xylophones, une vièle, un carillon de gongs et des percussions.
Tout d'abord, le
mo khène entame un prélude improvisé, très libre, et qui donnera les bases de la mélodie aux
mo lam, mais il devra néanmoins suivre ceux-ci et mettre leur voix
en valeur lorsqu'ils improvisent. C'est d'ailleurs sur ce prélude qu'est évaluée la dexterité des joueurs de khène lors des performances "lamées". Ce dernier ne laissera aucune place au silence
lors des pièces (d'où la technique de respiration continue).
Ainsi commence une joute orale entre les deux chanteurs, qui improviseront tout du long textes et mélodies (et parfois pendant des heures), selon des règles de diversification très strictes. Le
lam est essentiellement un chant de séduction, et les
mo lam et
mo top puiseront leurs images dans la nature luxuriante du pays pour séduire leur partenaire, et useront
de certaines "bonnes formules" sont retenues et enseignées de génération en génération : les
panha. Vocalement, le
lam /
khap tend à la perfection, avec des techniques
extrêmement poussées entre le chanté et le parlé.
Mais ce style de chant ne parle pas que d'amour, en effet les chanteurs peuvent aussi évoquer la vie de leur village, la morale bouddhique, la mythologie et les légendes ou encore l'actualité;
ces sujets très poétiques font des
lam et
khap des chants également très didactiques. Les paroles peuvent être tout aussi bien poétiques qu'obscènes, cela dépendant de
l'imagination, mais surtout de la hardiesse des artistes, car le
lam /
khap est doté d'un caractère à la fois sérieux et comique. Face à ces dires, les spectateurs sont
totalement en droit de réagir, ce type de chant étant tout d'abord une musique communautaire.
A la fin d'une joute, il peut y avoir "match nul", ou on peut déclarer un vainqueur, qui sera reconnut et gagnera en notoriété.
Les chanteurs de
lam, comme la plupart de leur assemblée sont debout (
lam yuen, plus courant pour les
khap du Nord) ou assis en tailleur (
lam nang, plus
courant pour les
lam du Sud), et accompagnent leur chant d'une gestuelle des bras très particulière, très importante et d'une grande finesse. C'est pourquoi il est indispensable d'en
voir, et pas seulement d'en écouter.
Peuvent devenir
mo lam ou
mo top n'importe qui, et même pour une soirée. Le
lam est de tradition presque exclusivement orale (bien que les bases viendraient de sources
écrites), et les plus jeunes apprennent à l'oreille et à l'oeil. Les plus talentueux sont dits dotés du
ô, de
ô nam laï (pouvoir de l'eau qui coule), c'est-à-dire de pouvoir
produire la musique et les paroles comme une source jamais tarie. Néanmoins être doué ainsi oblige à respecter certains interdits (alimentaires notamment).
Le lam, avant les années 1950, n'était pas médiatisé, même par la radio, à cause de la différence de type de lam par région, et le fait que les habitants d'une partie du Laos n'aimaient pas
forcément un
lam ou un
khap d'une autre partie. Mais le régime communiste Lao a ensuite recruté des
mo lam, les utilisant à des fins propagandistes. Vingt ans plus
tard, des
mo lam commencèrent à apparaître à la télévision, ainsi que sur des karaokés.
Le
lam moderne est très différent de celui des autres générations. En effet, les instruments électriques dominent, avec des sonorités pop, et il est reproché aux textes de devenir de
plus en plus sexuels, et parfois à caractères pornographiques.
Voici un petit aperçu sonore des différents types de
lam ou
khap, placés sur la carte par numéros, il suffit de cliquer pour agrandir (classification lao, par région, car les
Thaï le classifient par genre):
-
Khap Thoum Luang Prabang: pièce assez rare accompagnée par un orchestre seb noï (ou mahori), de
la ville de Luang Prabang, ancienne capitale royale. Cette musique est donc très influencée par l'ancienne musique de cour. Ce khap est un chant de séduction, interprété par les
mo lam Souligna Fasavang et Vongvilay Opimsakda. (1)
-
Khap Xieng Khouang: pièce de la région de Xieng Khouang, c'est également un chant de séduction, interprété par le
mo lam Souligna Fasavang. (2)
-
Khap Ngeum: chant de séduction de la plaine de Vientiane, interprété par les mo lam Denesavanh Chanthakhad
et Vongvilay Opimsakda, et caractérisé par ses mélismes très marqués. (3)
-
Lam Deune: également de la plaine de Vientiane, ce chant est celui d'un homme délaissé par sa femme, interprété par
le mo lam Denesavanh Chanthakhad et. (4)
-
Lam Mahaxay: lam de l'Ouest de la région de Khammouane, un éloge de la nature interprété par la mo
lam Vongvilay Opimsakda. (5)
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Lam Tangvay: lam de la région de Savannakhet, à caractère rituel puisqu'il est souvent associé aux fêtes
du Phi Ban (esprit protecteur du village) et du Boun Visakha Boussa (grande fête bouddhique), interprété par le mo lam Souligna Fasavang. (6)
-
Lam Khonesavane: également de la région de Savannakhet, ce lam est très particulier par l'indépendance des partie
instrumentales et vocales, ainsi que par les silences laissés par le khène. Interprété par le mo lam Bounthong Keoboula. (7)
-
Lam Saravane: ce type de lam est celui toujours choisi pour représenter le genre (lam ou
khap), avec le lam Siphandone. Celui-ci est un chant louant la région de Saravane interprété parle le mo lam Bounthong Keoboula. (8)
-
Lam Siphandone: lam des îles Khong à l'extrême Sud du Laos, éloge du Laos, du lam et des îles
Khong, interprété par les mo lam Bounthong Keoboula et Vongvilay Opimsakda. (9)
Les
khap ont pour
mo khène Khamsuane Vongthongkham, et les
lam Vilaphanh Phommachak (excepté le Saravane, qui a pour mo khène Khamsuane Vongthongkham). Pour les
paroles, demandez-moi !
Ces extraits sonores viennent de l'album
Molams & Mokhènes, de la Maison des Cultures du Monde, un CD à la notice très réussie, de Pierre
Bois, dont je tire la plupart des informations. Je vous conseille d'ailleurs de l'acquérir, car il est très complet, et écouter ça sur une bonne sono ne fait pas de mal ! (un coup de pouce à
l'industrie du disque non plus...).
Et pour clore cet article, quelques extraits vidéos (nommé par mes soins car non localisés...):
- un chanteur séducteur-né: ici et ici
- le lam moins trad': ici
-
lam debout, animé: ici
- une autre belle performance: ici
-
lam moderne: ici
- lam Tangvay moderne: ici (si vous voulez mon avis ça fait peur)
Et voilà ! Avant de définitivement clore le sujet, une dernière recommandation:l'album
Laos: Lam Sarvane, Music for the Khene, où est effectuée
une magnifique performance de lam dela région de Saravane, d'une durée de 45 minutes, par les
mo lam Soubane Voleath et Sengphet Souryavongxay... Extraordinaire !
C'est délibérément que je n'ai pas approfondi dans chaque style de chaque région, certains ayant presque disparus à l'heure actuelle.